La thyroïde, indispensable au développement cérébral

La thyroïde est une glande endocrine composée de deux lobes connectés. Elle se trouve à la face antérieure du cou, sous la pomme d’Adam.

Encyclopédie Larousse en ligne - thyroïde

Les hormones thyroïdiennes régulent notre métabolisme de base en stimulant la production de protéines de presque tous les tissus de notre corps. Quelqu’un qui présente une hyperthyroïdie sera nerveux, aura un rythme cardiaque rapide, de la diarrhée, et maigrira car son métabolisme est trop rapide. A l’inverse, une personne souffrant d’hypothyroïdie sera frileux, souvent fatigué, constipé, et aura tendance à prendre du poids malgré une baisse de l’appétit.

Mais, et c’est tout l’enjeu de cet article, les hormones thyroïdiennes agissent aussi comme chef d’orchestre dans le développement du cerveau. Elles ont la même structure chimique et agissent de la même manière chez tous les animaux. Sans la bonne quantité d’hormone thyroïdienne au bon moment, un têtard ne se transforme jamais en grenouille, et un nouveau-né devient crétin…

Un peu d’histoire…

Dans l’Antiquité, lorsqu’on observait une augmentation du volume de la thyroïde – ou « goitre » – celui-ci était soigné  par des traitements à base d’éponges et d’algues. Des centaines d’années plus tard, en 1820, un médecin suisse, Jean-François Coindet, comprend que l’explication se trouve dans l’élément iode présent dans ces organismes aquatiques. En 1850, le botaniste français Gaspard-Adolphe Chatin étudie les concentrations en iode dans l’environnement et note que là où celles-ci sont les plus faibles, les goitres y sont plus fréquents, mais également le crétinisme.

Puis Théodore Kocher, récompensé pour ses recherches par le prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1909, observe que les jeunes patients opérés d’une thyroïdectomie (exérèse chirurgicale de la thyroïde) développaient une déficience intellectuelle et un important retard de croissance.

Le lien entre glande thyroïde, goitre et crétinisme est fait. D’autres essais cliniques sont réalisés en 1891 sur des patients adultes devenus hypothyroïdiens : suite à l’injection d’extraits de thyroïde de mouton, George Murray décrit chez sa patiente une « parole plus fluide », « son esprit est plus actif et sa mémoire se développe ». Mais chez des jeunes patients souffrant de crétinisme depuis leur naissance, les comprimés thyroïdiens n’améliorent que faiblement leurs capacités intellectuelles : la déficience en hormone thyroïdienne durant la grossesse de leurs mères a eu chez eux un impact trop important sur le développement cérébral et ne pourra plus être corrigée.

Iode, élément indispensable au bon développement de l’enfant

Lorsque le Docteur Peter Pharoah arrive en 1966 dans la Jimi River Valley en Papouasie-Nouvelle-Guinée, il constate avec effarement que 1 enfant sur 7 y est atteint de crétinisme. Vu que la plupart des enfants crétins avaient également un goitre, il soupçonne un dysfonctionnement de la thyroïde due à une carence en iode. Il lance alors un essai comparatif randomisé de grande ampleur : plus de 8000 patients se voient injectés soit de l’eau, soit de l’huile iodée, et ce de façon totalement aléatoire. Dans les 4 prochaines années, il constate tout d’abord une diminution des goitres.  Mais sa découverte la plus importante était que seulement 7 enfants sur 498 de mères ayant reçu de l’iode étaient atteints de crétinisme, contre 26 sur 534 enfants dont les mères avaient reçu de l’eau.       
Comment expliquer cependant les 7 cas de crétinisme du premier groupe ? En fait, pour 6 d’entre eux, leurs mères étaient déjà enceintes lorsqu’elles ont reçu l’injection, ce qui veut dire qu’un bon apport en iode est indispensable dès le début de la grossesse.    
Donc en résumé, 5% des mères n’ayant pas reçu d’injection d’iode accouchaient d’un enfant atteint de crétinisme, contre 0,2% des mères ayant reçu une injection d’iode avant la conception de l’enfant.
L’iode est donc indispensable pour prévenir le crétinisime, et elle est d’autant plus importante dès les premières semaines de la grossesse.

Et les perturbateurs endocriniens dans tout ça?

La physiologie des hormones thyroïdiennes est très complexe. On sait que l’iode est un élément indispensable à la formation des hormones thyroïdiennes. Liées à des protéines de transport, les hormones thyroïdiennes arrivent dans le système nerveux central pour finalement déterminer l’expression de gènes.

Le fœtus, en plein développement cérébral, est donc tout particulièrement vulnérable à chaque petite interférence avec ces hormones thyroïdiennes, que lui apporte sa mère dans un premier temps: un léger dérèglement engendre potentiellement des troubles du développement, pouvant être la cause de maladies diverses.  

Or les hormones thyroïdiennes ont une structure chimique très proche de nombreuses substances que l’on retrouve partout dans notre environnement : les perturbateurs endocriniens. En effet, ces hormones sont composées de deux anneaux phényles portant l’iode. Dans le tableau périodique des éléments, le fluor, le chlore, le brome et l’iode se trouvent dans la même colonne.

Ces composés, appelés halogènes, sont tous très réactifs, propriété fortement exploitée par les chimistes : de nombreuses molécules de synthèse possèdent une liaison à un halogéné et rappellent la structure de l’hormone thyroïdienne. Notre système endocrinien est alors trompé. Le chlore se retrouve dans les pesticides et plastiques, le brome dans l’essence au plomb et les retardateurs de flammes, le fluor dans les imperméabilisants et les poêles non-adhésives. En résumé, les perturbateurs endocriniens vont imiter, au moins partiellement, les hormones produites par le corps humain, et ainsi modifier l’action des hormones endogènes.

Les perturbateurs endocriniens peuvent cependant impacter le développement cérébral en jouant à d’autres niveaux. Par la complexité de synthèse, de distribution, d’activation et de métabolisation de l’hormone thyroïdienne, les substances chimiques peuvent par exemple entraver l’absorption de l’iode ou bloquer les enzymes nécessaires à la production de l’hormone dans la glande, ou encore empêcher la liaison des hormones aux protéines porteuses, et ainsi de suite. . . Tout en compromettant alors tous les mécanismes en aval.

Nous ne rencontrons à notre époque fort heureusement plus de cas de crétinisme, mais de légères carences en iode ou l’impact des perturbateurs endocriniens peuvent avoir malgré tout des conséquences très importantes: on remarque au cours de ces dernières années entre autres une augmentation de l’autisme et des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, une perte de points de QI…

Cependant, à cause des grandes particularités liées aux perturbateurs endocriniens, leurs effets ne seront jamais tout à fait cernés. C’est pourquoi nous devons invoquer le principe de précaution et remettre nos habitudes en question.

Sources :

  • Barbara Demeneix, 2017. Cocktail Toxique, Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau, Odile Jacob, 320 pages
  • Pharoah PO, Buttfield IH, Hetzel BS. Neurological damage to the fetus resulting from severe iodine deficiency during pregnancy. Lancet 1971;1(7694):308‐10

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