Comment éviter les polluants dans son mobilier d’intérieur et son matériel de rénovation?

A retenir :

98% des foyers en France ont des taux de formaldéhydes supérieurs aux recommandations de l’AFSSET.

– la ventilation est un moyen efficace de réduire les COV intérieurs

– les dégagements de formaldéhyde se font principalement durant les 5-7 premières années suivant la fabrication du meuble/parquet/…

– lors d’achat de matériaux, il faut privilégier le seconde main ou chercher les certifications suivantes : NAF (no-added formaldehyde), NAUF (no added urea formaldehyde),  ULEF (Ultra Low Emission Formaldehyde), catégorie E1, ou les labels NF environnement

Le formaldéhyde, qu’est-ce que c’est ?

Gaz incolore, inflammable, le formaldéhyde est l’un des composés chimiques les plus courants et l’un des plus incriminés dans les pollutions intérieures des bâtiments.  Il fait partie des COV, les fameux composés organiques volatils. Selon l’AFSSET, Il est présent dans près de 98% des foyers, au dessus-ou très au dessus des valeurs recommandées… Autant dire qu’il est partout. (1)

 Où le retrouve-t-ton ?

Construction

Le formaldéhyde est présent dans des matériaux de construction comme la mousse isolante urée-formol (interdite depuis les années 1980), ainsi que les résines qui interviennent dans la fabrication des panneaux contreplaqués et agglomérés de bois (meubles, placards, sous-planchers, cloisons, plafonds, …). On en retrouve aussi dans laine de verre et de roche, les laques, vernis et encres. On considère qu’après 5 à 7 ans, ces matériaux ne dégagent plus que des quantités négligeables de formaldéhyde.

Ces derniers se libèrent surtout lorsqu’ils sont exposés à un fort taux d’humidité et à des températures élevées, des conditions souvent réunies dans la cuisine et dans la salle de bain.

Décoration 

Il est présent dans de nombreux solvants et peintures. Il a des propriétés bactéricides, fongicides. Il est utilisé comme désinfectant et conservateur dans les peinture et produits d’entretiens. Le formaldéhyde est également utilisé dans les textiles et tissus d’ameublement, cuirs et moquettes.

Pour les revêtements de sol (moquettes), je prendrai cet exemple cité par l’association UFC que-choisir :   https://www.quechoisir.org/enquete-emissions-polluantes-des-moquettes-ca-ne-colle-pas-n4723/  « Cette nouvelle enquête montre que 5 modèles de moquette encollés sur 8 testés émettaient des substances nocives (formaldéhyde, toluène, éther de glycols) au-delà du seuil de 200 microgrammes par mètre cube (µg/m3) 28 jours après la pose, seuil qui correspond à la norme américaine. En France, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a fixé un seuil de COV totaux à 1.000 µg/m3 à 28 jours pour les matériaux de construction. L’association précise que la substitution de la colle par des adhésifs doubles faces permet de supprimer l’émission de COV. »

Bambou

De plus en plus d’alternative au plastique sont proposées sous forme de matériaux naturels, notamment en bambou. Le problème est que pour prendre forme, la poudre de bambou est agglomérée avec une résine à base de… formaldéhyde. Cette résine est appelée mélamine-formaldéhyde ou plus simplement mélamine.  Ces derniers mois, de nombreux lots ont ainsi été rappelés par la Direction Générale de Répression des Fraudes. En cause, une migration dépassant les seuils légaux de substances chimiques. L’UFC en appelle donc à la prudence. La Commission européenne a par ailleurs interdit la vente de ce genre de produits tout récemment. Les personnes ayant toujours ce type de produits chez eux sont encouragés à suivre scrupuleusement les consignes de sécurité de ne pas mettre en contact avec un aliment à plus de 70°C, et de ne pas réchauffer.  Les produits à base de bambou simplement collé, bien reconnaissable par leurs lignes, sont quant à eux toujours autorisés.

Cosmétiques 

On retrouve des libérateurs de formaldéhyde dans certains produits de soins et cosmétiques, notamment les vernis.

Combustion

Il est également émis naturellement lors de tout phénomène de combustion (feux, fumée de cigarette) et lors d’activités anthropiques (cuisson des aliments, combustion du bois).

L’objectif zéro-formaldéhyde est donc malheureusement illusoire. Selon l’AFSSET, « la majorité de la population française est exposée à un risque de survenue d’irritations oculaires et nasales liées à la présence de formaldéhyde dans le logement. Les mesures d’exposition réalisées attestent d’un dépassement des valeurs toxicologiques de référence chroniques. »  Cependant, l’on peut participer grandement à chasser de son intérieur les éléments les plus inquiétants

Effets sur la santé

Le formaldéhyde est classé comme cancérogène avéré pour l’homme par le CIRC depuis 2004 (1) (Centre International de Recherche sur le Cancer). Il est à l’origine de cancers du nasopharynx par voie aérienne chez l’homme (1). L’exposition au formaldéhyde durant la grossesse est associée à une hausse du risque d’issues défavorable de la grossesse, et de fausses couches. (2) La pollution indoor a cette molécule est également liée à une hausse de l’asthme chez les enfants. (3) Beaucoup d’études ont cherché le lien avec des maladies hématologiques telles que les leucémies (4,5) ou le lymphome non-hodgkinien (6), mais les résultats sont mitigés.

Quels matériaux privilégier ?

Ce tableau récapitulatifs a été réalisé par Terre Vivante, et est disponible ici.

Terrevivante.org, https://www.terrevivante.org/605-eviter-le-formaldehyde.htm

Si comme moi, ces termes ne vous évoquent pas grand chose, ces illustrations vont surement vous aider à vous y retrouver.

Conseils pratiques

VENTILATION

  • Ventiler la maison, au minimum 2 x 15min par jour.
  • Ventiler en continu si vous réalisez des travaux (peinture datant de moins d’un mois, pose de moquette, parquet) ou si vous avez des nouveaux mobiliers d’intérieur.

BOIS MASSIF ou SECONDE MAIN

  • Lors de l’achat de mobilier, préférez le bois massif ou les meubles de seconde main.
  • En second choix : privilégiez les panneaux de classe E1 ou garantis sans formaldéhydes ou labellisés NF environnement.
  • Évitez les vernis classiques et autres vitrificateurs de parquets. Utilisez plutôt une huile dure, disponible chez les distributeurs de matériaux écologiques pour l’habitat.
  • Faites la chasse aux agglomérés, MDF et mélaminés non classés E1… et remplacez-les par du bois massif ou des panneaux à faibles ou très faibles émissions. Vous pouvez aussi les recouvrir avec un vernis ou un vitrificateur à base d’huile de lin et de résines naturelles, disponible chez un distributeur de matériaux écologiques pour l’habitat.
  • Fixer les tapis et moquettes par des bandes adhésives, des clous plutôt que par des colles ou simplement les poser.
  • Veiller aux plages optimales de température et d’humidité! Des meubles ou panneaux en aggloméré vont libérer plus de formaldéhyde durant ces grands écarts !
  • Recherchez les produits possédant l’une des certifications suivantes : NAF (no-added formaldehyde), NAUF (no added urea formaldehyde), ULEF (Ultra Low Emission Formaldéhyde), soit un seuil d’émission égal ou plus petit que 0,05 ppm (parties par million).
  • Des fumeurs? On diminue sa consommation et on ne fume pas à l’intérieur de l’habitation

Pour aller plus loin :

Ce site internet Eco-Rénovation vous aiguille dans vos projets de rénovation écologique : -> ici

Plein de fiches santé-habitat, une véritable mine d’or : ici

Ce documentaire disponible sur Youtube de 52 minutes, « Maison-poison : quand nos intérieurs nous polluent » -> ici

Ce document technique décrit les différentes méthodes de fabrication des panneaux sus-mentionnés, avec les résines incriminées -> ici

Les autres articles de la série rénovation :


Sources

1.            AFSSET. Risques sanitaires liésà la présencede formaldéhyde dans les environnements intérieurs et extérieurs – Evaluation des risques sanitaires pour la population générale. 2004.

2.            Reproductive and developmental toxicity of formaldehyde: a systematic review – PubMed [Internet]. [cité 11 mars 2021]. Disponible sur: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21787879/

3.            Yu L, Wang B, Cheng M, Yang M, Gan S, Fan L, et al. Association between indoor formaldehyde exposure and asthma: A systematic review and meta-analysis of observational studies. Indoor Air. juill 2020;30(4):682‑90.

4.            Bachand AM, Mundt KA, Mundt DJ, Montgomery RR. Epidemiological studies of formaldehyde exposure and risk of leukemia and nasopharyngeal cancer: a meta-analysis. Crit Rev Toxicol. 2010;40(2):85‑100.

5.            Zhang L, Steinmaus C, Eastmond DA, Xin XK, Smith MT. Formaldehyde exposure and leukemia: a new meta-analysis and potential mechanisms. Mutat Res. juin 2009;681(2‑3):150‑68.

6.            Catalani S, Donato F, Madeo E, Apostoli P, De Palma G, Pira E, et al. Occupational exposure to formaldehyde and risk of non hodgkin lymphoma: a meta-analysis. BMC Cancer. 23 déc 2019;19(1):1245.


Cet article a été rédigé grâce au soutient de la COCOM, en collaboration avec la SSMG dans son projet de sensibilisation de l’impact de l’environnement sur la santé.

2 réflexions sur “Comment éviter les polluants dans son mobilier d’intérieur et son matériel de rénovation?

  1. Ping : D’où vient la pollution à l’intérieur de nos logements? – Docteur Coquelicot

  2. Ping : Rénovation: quelles peintures choisir pour sa santé? – Docteur Coquelicot

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