Sommes-nous tous exposés aux polluants chimiques de la même manière ?

Impact des déterminants socio-économiques et culturels sur l’exposition aux polluants chimiques.

Le dernier rapport de l’OMS (2019) montre des inégalités persistantes en Europe concernant l’environnement et la santé et met en évidence que les sous-groupes de population défavorisés peuvent avoir des niveaux d’exposition aux facteurs de risque environnementaux cinq fois plus élevés que les sous-groupes privilégiés (1).

En Belgique, comme dans les autres pays de l’UE, on observe d’importantes inégalités socio-économiques dans tout le spectre des indicateurs de santé, depuis les déterminants de santé jusqu’à la mortalité et certaines inégalités socio-économiques se sont accentuées au fil du temps (2).

Chaque individu peut rencontrer des produits chimiques toxiques à la maison, dans sa communauté et sur son lieu de travail mais nous ne sommes pas égaux par rapport à notre vulnérabilité et à notre risque d’exposition. La quantité, la durée et le risque cumulatif d’exposition dépendent notamment de facteurs sociaux, économiques, géographiques ou encore, professionnels (3).

Plusieurs travaux de recherche ont montré que de nombreux facteurs environnementaux nuisibles à la santé reproductive affectent de manière disproportionnée les populations vulnérables (4).

Aux États-Unis, par exemple, plusieurs études ont mis en évidence une fréquence et une ampleur plus élevées d’exposition aux facteurs de stress environnementaux dans les communautés de couleur et les communautés à faibles revenus. En outre, les conséquences de l’exposition à des produits chimiques toxiques, notamment la morbidité et la mortalité, la perte de revenus et de productivité familiale et la dégradation de l’environnement, sont supportées de manière disproportionnée par les personnes à faibles revenus (3).

Il a notamment été démontré en Californie, que les femmes enceintes à faibles revenus et d’ethnies différentes présentaient le niveau le plus élevé de PBDE (un perturbateur endocrinien de la famille des retardateurs de flamme) parmi les femmes enceintes dans le monde, principalement en raison de la géographie et du statut socio-économique (3).

Selon une autre étude menée aux Etats-Unis sur une cohorte de 497 femmes enceintes, par rapport aux femmes titulaires d’un diplôme universitaire, les femmes sans diplôme universitaire ont déclaré une utilisation plus élevée de produits de soins personnels associés à des produits chimiques perturbateurs endocriniens (parfum, savon, lotion) pendant la grossesse (5).

L’occupation professionnelle peut également ajouter un risque supplémentaire d’exposition aux disparités en matière d’exposition aux produits chimiques. Par exemple, les femmes employées comme esthéticiennes et manucures sont exposées à des niveaux plus élevés de solvants volatils, de plastifiants et d’autres substances toxiques. Les femmes enceintes travaillant comme caissières présentent les concentrations urinaires de Bisphénol A les plus élevées. Une étude récente a révélé que les femmes travaillant dans le domaine des soins des ongles et des cheveux couraient un risque plus élevé d’issues défavorables de la grossesse. Les ouvriers agricoles et leurs familles courent également un risque plus élevé d’exposition aux pesticides avec des effets potentiellement néfastes sur la reproduction et le développement (3).

Cette combinaison et interaction potentielle d’expositions élevées aux risques environnementaux, d’une part, et de facteurs de stress socio-économiques, d’autre part, ont été décrites par certains auteurs comme une forme de « double peine » (3).

Si ces résultats soutiennent l’hypothèse traditionnelle que les groupes défavorisés sont systématiquement « à haut risque », d’autres appellent à davantage de nuances.

C’est le cas de l’étude récente de six cohortes européennes (6) qui a mis en évidence qu’un niveau socio-économique plus élevé était associé à des concentrations plus élevées de plusieurs produits chimiques pendant la grossesse, notamment certains PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), le mercure, l’arsenic, plusieurs phénols et les pesticides organophosphorés. De même, les concentrations infantiles de composés organochlorés, de PFAS, de mercure, d’arsenic et de bisphénol A étaient plus élevées dans les groupes à niveau socio-économique plus élevé. A l’inverse, l’exposition au cadmium pendant la grossesse et l’exposition aux métabolites du plomb et des phtalates pendant l’enfance étaient plus élevées dans les groupes de niveau socio-économique inférieur.

Cette étude a démontré que l’exposition aux contaminants chimiques de l’environnement pendant la vie fœtale et infantile n’est pas exclusivement associée à un niveau socio-économique plus faible et que pour plusieurs contaminants, les groupes socio-économiquement plus élevés subissent des niveaux d’exposition plus élevés.

Il semble donc important de mieux caractériser l’impact des facteurs socio-économiques et culturels sur l’exposition aux polluants chimiques afin de de pouvoir mettre en oeuvre des mesures préventives spécifiques et adaptées à chaque public.

  1. OMS Europe. (2019). Inégalités en matière d’environnement et de santé en Europe. Deuxième rapport d’évaluation. https://www.euro.who.int/fr/health-topics/environment-and-health/air-quality/publications/2019/environmental-health-inequalities-in-europe.-second-assessment-report-2019
  2. Service Public Fédéral Santé publique. (2021). Inégalités de santé en Belgique. https://www.belgiqueenbonnesante.be/fr/etat-de-sante/inegalites-de-sante
  3. Wang, A., Padula, A., Sirota, M., & Woodruff, T. J. (2016). Environmental influences on reproductive health: the importance of chemical exposures. Fertility and sterility106(4), 905–929. https://doi.org/10.1016/j.fertnstert.2016.07.1076
  4. Exposure to toxic environmental agents. Obstet Gynecol. 2013 Oct;122(4):931-935. doi: 10.1097/01.AOG.0000435416.21944.54. PMID: 24084567.
  5. Preston, E. V., Chan, M., Nozhenko, K., Bellavia, A., Grenon, M. C., Cantonwine, D. E., McElrath, T. F., & James-Todd, T. (2021). Socioeconomic and racial/ethnic differences in use of endocrine-disrupting chemical-associated personal care product categories among pregnant women. Environmental research198, 111212. https://doi.org/10.1016/j.envres.2021.111212
  6. Montazeri, P., Thomsen, C., Casas, M., de Bont, J., Haug, L. S., Maitre, L., Papadopoulou, E., Sakhi, A. K., Slama, R., Saulnier, P. J., Urquiza, J., Grazuleviciene, R., Andrusaityte, S., McEachan, R., Wright, J., Chatzi, L., Basagaña, X., & Vrijheid, M. (2019). Socioeconomic position and exposure to multiple environmental chemical contaminants in six European mother-child cohorts. International journal of hygiene and environmental health222(5), 864–872. https://doi.org/10.1016/j.ijheh.2019.04.002

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